la lettre de Guy CAILLEAU

un livre

 

AVANT PROPOS

 

 

 

 

 

 

 

J’aime les livres quels qu’ils soient, j’aime les tenir entre mes doigts et le feuilleter, sentir l’odeur qui s’en dégage surtout quant il est neuf. J’aime caresser leurs pages, effleurer leur couverture. Je ne supporte pas que l’on corne un livre ou que l’on y fasse des annotations .

Je suis un puriste, un livre doit être respecté, nous devons rendre hommage à celui qui l’a écrit pour notre plaisir.

Je dispose d’une bibliothèque d’environ cinq mil livres et je ne suis pas parmi les mieux lotis.

Avec cet essai j’ai voulu rendre hommage au travail effectué par les auteurs et professionnels du livres, j’ai donné la parole à un livre qui va vous faire suivre son cheminement du premier mots à la fin de son récit, fasse que ce modeste essai vous plaise comme j’ai pris du plaisir à l’écrire.

 

 

 

 

Guy CAILLEAU 12 septembre 2012

 

 

UN LIVRE

 

 

Je suis un livre, fait de quelques centaines de pages, vous me tenez dans vos mains et allez sans aucun doute commencer ma lecture rapidement.

Peut être que mon sujet va vous passionner, peut être lirez vous quelques pages et vous désintéresserez de moi, l’histoire n’étant pas à la hauteur de vos espérances.

Nous sommes des millions à exister par la volonté d’un auteur, nous sommes parmi les plus vieux supports écrits existant, nous transmettons au travers des ages des récits fantastiques, des romans personnels, des études scientifiques ou autres, nous sommes indispensables à la transmission du savoir aux générations futures et ce n’est pas le numérique qui nous détrôneras.

Vous me tenez entre vos mains mais avez vous une idée du parcours suivit entre le moment ou mon auteur à écrit le premier mot de son récit et celui ou vous avez acheté cet ouvrage chez votre libraire.

C’est pour vous faire découvrir ce parcours initiatique que je vous invite à suivre ma vie.

 

Les Prémices de ma naissance.

 

Que serais-je ? Un roman d’aventure, un livre d’espionnage, une étude scientifique, seul mon auteur pourrait le dire, mais, le sait il seulement au moment ou il prend la première feuille pour y apposer mes premiers mots.

 

Que de chemin devrons nous parcourir lui et moi pour arriver à être installé à la plus belle place de la librairie qui me vendra à l’un d’entre vous.

Combien de fois mon auteur reprendra t-il sa plume pour écrire, raturer, effacer, un mot, une ligne, ou un passage entier de son récit, pour mon plus grand désespoir, car j’aime que les mots qu’il pose sur mes feuilles le restent, à chaque fois qu’il rature ou gomme j’ai le sentiment d’être violé dans ma chaire.

 

C’est vrai que durant toute la période de création de l’ouvrage, nous ne faisons qu’un, mon auteur et moi, nous sommes solidaires l’un de l’autre, complémentaires et indissociables.

 

Pour parvenir à faire de moi le livre qui fera de lui sa gloire ou sa fortune, parfois ni l’un ni l’autre, il lui faudra passer par plusieurs stades et en particulier coucher ses mots sur un cahier ou des feuilles volantes, il appellera cela son manuscrit, mais moi je sais que c’est déjà une part de moi qui prend forme, je suis en gestation.

Le véritable auteur écrira à la main et non sur un PC ou quel qu’autre support moderne, non le puriste préférera le faire manuellement, écrivain ne vient il pas d’écrire ?

Je ne suis pas encore né que je peux imaginer l’angoisse qu’il ressent devant sa page vierge, ;

D’abord choisir mon titre, certes cela n’est pas indispensable dès le début mais de ce titre dépendra la trame de son récit, même si au fil de l’écriture ce titre initial peut en cour de route ou, en fin de travail, être tout autre que celui choisi .

Le titre choisi il lui faut constituer la trame de son roman, si c’est un roman, ou de son étude, si c’est une étude ou un autre type d’ouvrage.

 

Pour écrire un roman plusieurs possibilités s’ouvrent à lui, faire galoper son imagination et écrire en fonction de ses humeurs en prenant bien soin de rester cohérent dans la progression de son récit, ou bien se documenter pour situer le lieu et les personnages.

Pour une étude scientifique, mon auteur fera initialement un gros travail de recherche personnelle, bibliothèques, magazines, documents etc...

Pour un récit autobiographique, seul ses souvenirs lui seront utiles et pour peu que sa mémoire ne lui fasse pas défaut, le résultat devrait être prometteur.

Parfois il rassemblera des poèmes écrits et égrenés au fil des années et les réunira en un recueil pour son plaisir et celui de ses proches.

Mais de tout cela sortira un travail fait avec épuisement, ténacité, courage, déception, entrain ou lassitude, mais une fois réalisé ce livre sera pour nous notre plus belle réussite.

 

La genèse :

 

Des picotements me parcourent au moment ou mon auteur s’assied à sa table de travail et prend sa plume, je suis à l’affût de ses moindres gestes, je suis suspendu à cette fine pointe de bic ou de crayon à papier, dans l’attente des mes premiers mots. Il reste pensif comme pour chercher l’inspiration qui lui permettra de poser avec justesse la bonne phrase de démarrage au moment opportun.

Il ouvre son cahier d’écolier sur lequel il compte jeter pèle mêle ses phrases faites de ses mots, soudain il pose sa main sur le papier tenant serré sa plume et commence à écrire, je suis aux anges, nous avançons dans la même direction, nos destins sont liés à ce moment précis ou les premiers mots apparaissent formant les base de son récit .

Sa main se fait caressante sur la feuille, presque amoureuse, je ne donnerais pas ma place pour un prix littéraire, ou une dédicace de grand style.

Je fais mes premiers pas, je m’ouvre à une nouvelle vie moi qui n’étais encore il n’y a pas si longtemps que la composante qu’un bel arbre ornant nos forets verdoyantes.

 

Transformé par la main des hommes et la volonté d’un système dévoreur de bois je suis devenu papier et cette mutation à fait de moi un tout autre être,

Mais revenons à mon auteur qui ne prend pas le temps de m’attendre ni de m’écouter disserter sur ma condition personnelle, il écrit, la machine est lancée et le fil de son roman bien cerné. Il avance en noircissant mes pages, parfois il ajoute un signe particulier dont lui seul connaît la signification, ce sont ses repaires me dit il, cela doit me suffire, et il faut bien que je m en contente.

L’histoire est en marche, elle sera sa réussite, son chef d’œuvre, il en est certain, il décrochera, peut être un prix, n’ose pas rêver au Goncourt ou au Médicis, mais qui sait !

Moi je suis patient, je reste attentif à ses émotions car je sais quant il est fatigué, quant l’inspiration se tarie, quant il est agacé ou dérangé, je connais tout de lui comme il connaît tout de moi. Nous sommes engagés ensemble dans une course marathonienne qui doit nous amener au nirvana, pour cela nous devons être solidaires et tenaces.

 

Des instants de doutes

 

Nous avons parcourus quelques centaines de pages, lui écrivant, moi recevant délicatement ses mots. Nous sommes en bonne voie pour tenir nos délais imposés par nous même. Soudain c’est l’accident, la panne, rien ne veut sortir de ce lamentable stylo, non pas qu’il n’est plus d’encre mais la main de mon auteur est inerte, il a le regard vague, perdu dans des pensées éloignées de son roman, il est incapable d’aller plus loin, incapable d’ajouter des mots aux mots, il lui est impossible de se concentrer.

Je crains le pire pour notre avenir commun. Je tente, aidé en cela par la bise légère qui entre par la fenêtre ouverte, de soulever un coin de ma feuille pour lui rappeler ma présence, mais rien n’y fait, plus grave il se lève de sa chaise et va s’installer dans un vaste fauteuil pour y bourrer une pipe malodorante qu’il aime par dessus tout.

Je suis effondré, que deviendrons nous si cette crise dure longtemps, avant d’exister pleinement je risque d’être mort né, Envolés nos rêve de gloire et de splendeur, je ne serai pas le successeur de mon collègue écrit par Houelbeque .

Je resterai un roman inachevé, prémisse d’une histoire forte jamais menée à terme en raison de la lassitude de mon auteur. Adieu veau, vaches, cochon, couvée, (j’ai lu ça chez un auteur ancien alors je m’en sert), la belle aventure est terminée, jamais je ne me verrai trônant fièrement dans la vitrine d’une librairie prestigieuse sous le regard ébahi des passants attiré par les éloges fait par la presse au moment de ma parution.

Je commence alors une longue période de somnolence avec le secret espoir que mon auteur va se reprendre et continuer enfin son récit. Je dois vite déchanter, il reste prostré allant de son lit au fauteuil, fumant sans relâche sa satanée bouffarde ne rompant sa monotonie qu’en caressant son magnifique chat persan qui répond au doux nom d’Isis. Lui seul a le droit de passer des heures sur ses genoux, moi je suis oublié, négligemment posé sur sa table de travail, oublié, inexistant, inutile.Je me meurt lentement.

 

Les jours passent, les semaines aussi, des amis viennent le voir pour l’aider à surmonter cette crise qu’ils espèrent passagère, puis un soir ils arrivent à le convaincre de sortir avec eux, de changer d’air, un peu contraint il accepte enfin et son atelier d’écriture devient encore plus sombre sans lui.

 

Isis son chat est relégué au même rang que moi, il est seul, désespérant seul, mais pas plus que moi inerte posé sur cette maudite table de travail qui ne l’attire plus, se souvient il encore avoir commencer un livre ? J’en doute !

 

Heureusement le dieu des livre veille sur moi, avec la complicité du dieu des félins, tous deux ont donc décidés de liguer leurs forces pour faire aboutir le projet de mon auteur fusse contre son gré. Isis qui se sent de plus en plus délaissé à pris l’habitude depuis quelques jours de se coucher sur moi, il me tient chaude et j’adore écouter son ronronnement de plaisir ; Cela fait plusieurs jours que mon auteur sort de son domicile et rentre de plus en plus gai, une odeur de plus en plus familière de femme élégante flotte dans la maison à chacun de ses retours. C’est il me paraît une bonne chose, mais pour que tout soit parfait il faut un petit coup de pouce du destin. C’est Isis qui le donnera un soir juste avant que mon auteur ne rentre chez nous, d’un mouvement souple il s’étire lentement et tends ses pattes loin devant lui, puis il se lève et quitte mon dos pour s’étirer une nouvelle fois en me poussant délicatement, posé au bord de la table je ne tarde pas à chuter par terre et reste ouvert à la dernière page écrite. Le temps passe, tard dans la soirée j’entends mon auteur ouvrir la porte et le vois pénétrer dans le logement en compagnie d’une ravissante femme dont je reconnais immédiatement le parfum. C’était donc l’amour qui le rendait gai.

En entrant leurs yeux tombèrent sur moi et la jeune femme s’écria : « ha voici enfin ce fameux manuscrit ».

Mon auteur se penchant pour me ramasser lui promis de le terminer pour elle, j’étais aux anges et me prit à nouveau à rêver dans l’attente de cette renaissance,

 

 

 

 

Un nouveau départ

 

Les choses étaient donc rentrée dans l’ordre logique qui était prévu, désormais tous les matins mon auteur s’asseyait à sa table de travail et écrivait pour mon plus grand plaisir, mots après mots, phrases après phrases, le récit prenait forme, il l’avait quelque peu modifié en raison de sa fortune nouvelle apportée par son amour naissant et il noircissait régulièrement mes pages m’apportant la substance indispensable ma survie.

Le récit prenait de plus en plus forme et les négociations avec l’éditeur allaient bon train , bientôt je serai un véritable livre. Certes il y avait encore plusieurs étapes à franchir avant que ma vie ne soit réelle et que vous puissiez enfin me tenir entre vos mains.

Ah quel doux moment, aussi bien pour vous que pour moi, celui ou vous me tâtez sur l’étagère de la librairie, ou vous me prenez entre vos doigts pour m’évaluer, me soupeser, me feuilleter brièvement, moment ou vous me retournez pour lire le résumé fait, parfois par mon auteur lui-même, souvent par la maison d’édition ou quelque critique qui m’aura lu en avant première. Il aura fallu également, dans certains cas, que soit établie une préface confiée à un autre auteur célèbre ou anonyme, ou une personnalité en vue du moment.

Il faudra que mon texte soit relu et corrigé, par mon auteur, par l’éditeur et parfois , malgré toutes ses précautions il y aura tout de même des coquilles, des oublis, des fautes .

Après viendra le temps du choix de la couverture, choix qui le plus souvent échappe quelque peu à mon auteur qui verrait bien une couverture que l’éditeur ne trouvera pas vendeuse.

Puis je serai expédié dans un colis recommandé,alors que je ne serai encore qu’un simple manuscrit, vers une imprimerie, en France ou ailleurs en fonction des coûts de production. Sur place je connaîtrai le plaisir des arômes de l’encre fraîche qui s’étalera sur mes feuilles immaculées, je serai vite étourdi par la vitesse des rotatives, mais j’en sortirai neuf, impeccable, avec une couverture dos carré, vernie ou pas selon le choix initial de mes créateurs.

Je serai devenu un livre à part entière, un véritable roman digne de rivaliser avec mes illustres prédécesseur trônant dans vos bibliothèques.

Vous allez me lire, tranquillement installé dans votre fauteuil, ou dans le train qui vous emmène sur votre lieu de travail, si j’ai de la chance je peux être le livre de l’été que vous emporterez à la plage, qui sait ?Vous sentirez mon odeur en m’ouvrant et serez étourdie par celle-ci.

Certain d’entre vous, après ma lecture, me laisserons traîner sur un meuble dans la maison pour me remiser, un jour ou l’autre, dans un endroit ou je tomberai dans l’oubli, d’autres me rangerons avec délicatesse dans leur bibliothèque personnelle pour pourvoir me contempler régulièrement, avant de me ré-ouvrir pour une seconde lecture plus en finesse.

Un troisième m’offrira à une relation pour la faire profiter de son plaisir de m’avoir lu, et je repartirai vers une seconde vie.

Un autre sans précaution me jettera purement et simplement dans une poubelle ou j’irai mourir après avoir été déversé dans une décharge et éliminé dans un infâme incinérateur.

Quelquefois un être bon préférera me donner à une œuvre charitable pour égayer la solitude de malades ou autres personnes esseulées.

 

Chez lui mon auteur filera le parfait amour avec sa dulcinée, j’en serai témoin puisqu’il aura conservé un exemplaire sur sa table de nuit pour se souvenir de notre parcours mutuel. Un jour le téléphone retentira et l’éditeur lui apprendra qu’il vient d’avoir le prix des premiers auteurs décerné par une académie littéraire récente.

Mon auteur après avoir raccroché se dirigera vers sa table de travail et se saisira de sa plume pour poser sur une page blanche les premiers mots de son nouveau roman et la boucle sera bouclée.

 

 



12/09/2012
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